
Vieillir à Genève : la fête ne suffit pas !
Chaque 1er octobre, Genève célèbre les personnes âgées. On marche, on échange, on organise des ateliers, on diffuse des programmes et chacun peut se féliciter d’avoir pensé aux aîné-e-s. Mais une journée festive, même réussie, ne fait pas une politique du vieillissement. Longtemps, vieillir a surtout été abordé sous l’angle de la dépendance –et, souvent, de son coût. Depuis 2018, l’OMS fixe un cap plus exigeant : combattre l’âgisme, adapter les environnements de vie, développer des soins intégrés centrés sur la personne et garantir des soins de longue durée de qualité. Le changement de perspective est majeur. À Genève, le virage est amorcé. De là à parler d’élan, il y a un pas. Bref, occuper les seniors un après-midi, pourquoi pas, mais leur permettre de vivre dignement, de choisir et de participer est autrement plus ambitieux. Le 1er octobre 2025, Genève n’est pas restée inactive : activité physique à Carouge ,réflexion sur le logement à Vernier, consultation des 60+ à Meyrin, Grande Marche du CAD, projets en Ville sur le lien social, la participation et les droits des résidents d’EMS. Initiatives utiles. Mais leur juxtaposition ne constitue pas une politique publique. Et, lorsqu’on regarde ce qui manque, l’enthousiasme retombe. L’âgisme ? À peine effleuré. Les proches aidants épuisés ? Peu visibles. Les métiers du grand âge – recrutement, formation, conditions de travail ? Pas de quoi troubler la fête. La solitude durable, les maltraitances, les abus financiers, la qualité des soins, le passage du domicile à l’EMS ? Là, le programme s’est fait soudain plus discret. Et la coordination cantonale ? Chacun joue sa partition. En 2026, à une quinzaine de jours du 1eroctobre, la majorité des communes n’avaient rien publié ou seulement des informations lacunaires. Cela ne signifie pas qu’elles ne feront rien ; cela montre qu’un pilotage cantonal lisible fait défaut. On pourrait sourire de ce patchwork si le sujet n’était pas aussi sérieux. Le 1er octobre devrait être l’occasion de passer de l’événementiel à la politique publique : une coordination entre canton et communes, une stratégie cantonale, des prio-rités communes, des objectifs mesurables et la participation effective des personnes âgées. Vieillir en bonne santé ne consiste ni à remplir un agenda ni à organiser des « activités ». Il s’agit d’organiser la Cité pour que toutes et tous puissent continuer à y vivre, choisir, participer et être respectés. Pour cette ambition-là, il faudra attendre 2027.
Ulrich Jotterand, coordinateur du journal Espaces
