
Genève, 14 juin 2026 : urnes, rue et solidarité
Sur la rive droite de la Ville, la mobilisation féministe du 14 juin a ouvert un cortège d’environ 30’000 personnes, elle y a porté sa voix propre : égalité salariale, reconnaissance du travail de soin, lutte contre les violences sexistes, défense des services publics et justice sociale. Le tout, exprimé avec fermeté et engagement. La foule colorée, rassemblée le long du lac, jeunes et moins jeunes mêlé×es, a fait de la manifestation NoG7 un message puissant adressé aux gouvernants réunis à Evian. C’est le refus clair des logiques de domination, des dérives autoritaires, du fascisme renaissant et d’un capitalisme débridé qui laisse trop souvent les plus modestes au bord du chemin : l’économie doit servir la vie des gens, non l’inverse.
Dans les urnes, ce même jour, le rejet de l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! » a constitué un signal réjouissant. Une large majorité du corps électoral genevois a refusé la tentation du repli et la « bunkerisation » d’une Suisse qui prétendrait vivre à l’écart des réalités européennes. Notre pays s’est construit notamment par ses liens, ses échanges et sa capacité d’accueil avec les pays voisins, puis avec l’Europe et maintenant avec le monde. Par ailleurs, ce vote invite à défendre la solidarité internationale et les traditions d’hospitalité qui ont fait honneur à notre pays dans le passé.
La journée de votations fut aussi marquée par un autre objet fédéral : la modification de la loi sur le service civil. Acceptée en Suisse bien que refusée à Genève, cette loi va certainement provoquer des difficultés pour les objecteurs de conscience. C’est un recul politique regrettable qui aura aussi pour conséquence indirecte de rendre encore plus tendue la question du personnel dans les EMS.
Ces votes montrent que la Suisse, comme de nombreux autres pays, est traversée par de fortes tensions. On le sait, les murailles ou les bastions ne protègent plus depuis longtemps notre Ville ; pourtant certains de nos concitoyens croient encore que la peur de l’étranger et le démantèlement des droits sociaux constituent des défenses efficaces. Quelle erreur ! Mais l’AVIVO peut se réjouir de ce dimanche ensoleillé, avec quelques nuages : Genève n’est pas une citadelle inquiète, mais une ville ouverte, intergénérationnelle, solidaire et vivante.
Ulrich Jotterand, membre du comité
